Journée de jeux en plein air. Cela semble banal, presque anecdotique. Mais il n'en est rien.
Jouer dehors, c'est aussi vieux que la ville elle-même. Pendant des générations, les enfants ont joué dans la rue, sur les places, dans les parcs. Pas organisé, pas planifié. Simplement : ensemble, spontanément, librement. Le quartier était leur terrain de jeu, les autres enfants leur compagnie naturelle.
La réalité a beaucoup changé au cours des dernières décennies.
Dans la seconde moitié du vingtième siècle, notre modèle d'habitation a changé. Plus d'espace privé, plus de voitures, davantage d'accent sur la famille nucléaire et l'isolement. Les rues sont devenues des voies de passage, les places des parkings. Ce qui était autrefois un espace partagé est devenu un espace de plus en plus fonctionnel.

Et les enfants ont disparu du paysage urbain.
Aujourd'hui, ils jouent moins dehors et quand ils le font, c'est plus souvent dans des endroits délimités : aires de jeux, terrains de sport, zones de loisirs. Cela semble être un progrès, mais le caractère spontané du jeu en plein air est sous pression. Moins de rencontres fortuites, moins de jeux auto-organisés, moins d'occasions d'apprendre à connaître un quartier en jouant.
En outre, il n'y a pas d'alternative pour de nombreux enfants. Ils ne disposent pas de jardin ni d'espace extérieur privé. Pour eux, la ville est l'aire de jeux. Et c'est précisément là que nous les voyons de moins en moins.
Une étude de Kind & Samenleving montre l'ampleur de cette évolution : en onze ans, le nombre d'enfants jouant dans les rues, les places et les parcs a diminué de 37 %. Dans les quartiers urbains, la baisse dépasse même les 50 %. Il ne s'agit pas d'un léger changement, mais d'un déclin structurel.
Et ce déclin n'affecte pas tout le monde de la même manière. Les filles utilisent remarquablement moins l'espace public que les garçons. Dans la tranche d'âge de 9 à 11 ans, seulement 27 % des enfants qui jouent dehors sont des filles. Les zones sportives – souvent le cœur de l'espace public – sont en pratique des lieux pour garçons : à peine 15 % des enfants présents sont des filles.
Ce n'est pas anodin, car jouer dehors n'est pas un luxe facultatif. C'est là que les enfants développent des compétences sociales, explorent les limites et acquièrent de l'indépendance. C'est là qu'ils apprennent à connaître leur environnement et à s'y connecter. Qui n'a pas d'endroit pour être dehors perd plus que de simples espaces de jeu.
Le De Buitenspeeldag est né aux Pays-Bas en 1986 sous le nom de Nationale Straatspeeldag (Journée Nationale de Jeu dans la Rue), avec un objectif clair : rendre les rues aux enfants. En Belgique aussi, cette journée existe depuis 2005, soutenue par les gouvernements et les médias. Toutes les chaînes pour enfants interrompent leurs programmes ce jour-là.
Le message reste pertinent aujourd'hui.
Qui souhaite s'inscrire ou a une question peut désormais se présenter chaque jour à partir de 11 heures au guichet de Muntpunt, auprès d'une des Buitenspelen demande de l'espace. Littéralement. De l'espace qui soit sûr, accessible et invitant. De l'espace où les enfants se sentent les bienvenus, sans que tout doive être organisé ou contrôlé au préalable. Cela demande des choix : moins d'espace pour les voitures à l'arrêt, plus d'espace pour jouer. Des places qui invitent à s'attarder, pas seulement à passer. Des rues où les enfants sont à nouveau visibles. Et surtout : une attention à ceux qui, aujourd'hui, trouvent moins facilement leur place.
Ce n'est pas une politique marginale. Dans une ville comme Bruxelles, où un quart des habitants ont moins de 18 ans, c'est une mission essentielle.
Joueren en plein air ne devrait pas être une journée anecdotique dans l'année, mais une pratique quotidienne.

